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Ce que leur vengeance n'a pas pu me prendre

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Ange-passion-ecriture

Description :

(\__/)
(='.'=) ♥
(")_(")

Every tear is a waterfall, in the night,
the stormy night, she closed her eyes
[...]
The stormy night, away she fly! ♫♪
Paradise, Coldplay.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Ce blog est un blog parmi tant d'autres, celui d'une jeune adolescente en quête de ses rêves et de ses espoirs pour le futur...

JE N'ACCEPTE PAS TOUT LE MONDE EN AMI, NE KIFFE PAS SYSTEMATIQUEMENT VOS ARTICLES ET NE ME PRETE PAS AU JEU DE CELUI QUI EST LE PLUS COMMENTE!
~~~~~~~~~~~~~~~~~~

© Par propriété exclusive de l'auteur, la copie et les utilisations partielles ou totales de son travail sont interdites; conformément aux articles L.111-1 et L.123-1 du code de la propriété intellectuelle.
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“ Bogue informatique, début de chapitre disparu, trois heures et demi de travail foutu en l'air... --' ” - Aujourd'hui à 13:30

Il suffit de regarder le monde pour admettre qu'on est presque rien...


 
Il suffit de regarder le monde pour admettre qu'on est presque rien...
© L'image ci-dessus a été entièrement créée par moi-même. Les personnes présentes sur le montage dont le visage est visible sont, dans l'ordre : le chanteur Daniel Balavoine, mon idole, les acteurs de la série Missing, et le jeune acteur Jérémie Duvall (physiquement, il est le personnage principal du roman que je suis en train d'écrire tel que je me le réprésente). Merci de ne la pas plagier /!!\
 
 
______Bonjour, bonjour. Je tiens d'abord à vous souhaiter la bienvenue sur mon blog. Celui-ci a en premier lieu été créé dans le but d'exposer une partie des romans que j'écris. Je fais donc partie de ces jeunes "gribouilleurs de papier" totalement accros à l'écriture.
 
______Je m'appelle Laurine et je suis lycéenne, en 2nde générale pour l'instant, mais j'espère passer en 1ère L l'année prochaine, et après le bac, passer ma licence en fac de lettres avant d'intégrer une école de journalisme reconnue par la profession. Ma plus grande ambition est de devenir journaliste d'investigation. Pour faire court au niveau de ma présentation, on me dit souvent que je suis une fille très gentille, spontanée et altruiste, même si j'ai tendance à avoir un sale caractère et à dire ce que je pense un peu trop haut. Je suis une grande admiratrice du chanteur Daniel Balavoine, que j'adule autant pour sa musique que pour ses coups de gueule et son humanité, il prend une place à part dans mon coeur. Ne vous étonnez donc pas s'il y a du Balavoine partout sur le blog, c'est tout-à-fait normal :D J'aime aussi beaucoup l'humoriste Jérémy Ferrari et l'écrivaine Malorie Blackman. Voili-voilou, vous n'avez pas besoin d'en savoir davantage sur moi :)
 
______Niveau écriture, j'ai commencé à écrire mon tout premier roman à l'âge de 11 ans. Plus petite, je m'amusais à gribouiller des petites histoires pas très intéressantes ou à réaliser des BD. Le fait d'avoir appris à lire très jeune et d'avoir cultivé cette passion pour la lecture m'a, je pense, beaucoup aidé. Depuis mon premier livre, j'ai fait, à mon avis, beaucoup de progrès, et j'en suis aujourd'hui à mon cinquième roman. Il s'intitule Ce que leur vengeance n'a pas pu me prendre (voir article plus bas) et raconte les aventures d'un jeune adolescent prénommé Jérémie qui a vu sa vie bouleversée par la disparition mystérieuse de ses parents et qui se met en tête, quelques années plus tard, de faire éclater la vérité. J'ai beaucoup de mal à le terminer par souci de perfectionnisme.
 
______Sur ce, je vous souhaite une agréable visite et une bonne lecture :)
Laurine.
 
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#Posté le vendredi 08 octobre 2010 12:47

Modifié le jeudi 03 mai 2012 12:36

Petite présentation de mes romans...

Petite présentation de mes romans...     
 
          Je passe la majeure partie de mon temps à écrire des romans. J'aime m'évader à travers mes personnages et changer de vie... Ceux-ci racontent l'histoire de personnages qui sont loin d'avoir flotté dans du coton toute leur vie et visent avant tout à délivrer un message d'espoir et d'amour...
 
          //!!\\ Sur les cinq romans que j'ai écrit, seulement trois seront en partie exposés ici, les deux premiers n'étant que des ébauches. Vous pourrez y lire le résumé, le prologue et le premier chapitre, mais je n'affiche jamais mes romans en intégralité. Pour ceux qui voudraient en lire plus et avoir des explications complémentaires, eh bien laissez un petit commentaire ^^//!!\\
 
___________________________________________________
 
 
          Avant toute chose, je tenais à remercier certaines personnes pour l'intérêt qu'elles portent à mes écrits car ce sont elles qui me donnent chaque jour le courage d'avancer dans l'écriture...
 
          -  Merci tout d'abord à ma grande soeur de coeur, Laura. Elle lit la première mes chapitres et a toujours su me donner d'excellents conseils, elle même étant une écrivaine confirmée publiée il n'y a pas très longtemps (voir la partie sur Laura Hemme dans mon blog) . Mais c'est avant tout une amie à laquelle je tiens énormément et qui est toujours là pour moi, au quotidien.
          -  Merci aussi à des personnes comme Mélanie, ma meilleure amie, Lisa, et même Marie, malgré notre amitié brisée, qui ont toujours porté intérêt à ce que j'écrivais et qui m'ont aidé à avancer.
          -  Et enfin, merci à tous ceux, et ils sont plus nombreux que je ne l'aurais jamais pensé!, que ce soit au collège ou au lycée, qui m'ont harcelé ou me harcèlent encore pour connaître tous les détails de l'histoire à partir du moment où ils ont su que j'écrivais et qui n'abandonnent jamais (n'est ce pas Anais? ;)) et à ceux qui, derrière leur écran prennent le temps de lire mes textes.
Un énorme merci à vous tous ♥


 
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#Posté le samedi 19 février 2011 02:20

Modifié le jeudi 03 mai 2012 12:37

Mon sixième roman (mon dernier "bébé") : "Ce que leur vengeance n'a pas pu me prendre"

Mon sixième roman (mon dernier "bébé") : "Ce que leur vengeance n'a pas pu me prendre"
 
 
 ____________________________________________________________________
 
 
Fiche technique :
 
Titre de ce roman : Ce que leur vengeance n'a pas pu me prendre (titre modifié).
Genres littéraires : Drame, policier, romance.
Date de commencement : Janvier 2011.
Date de terminaison : ?
Nombre de chapitres : ?
Nombre de pages : ?
Le personnage principal : Jérémie Loevenbelle.
Les autres personnages très importants dans l'histoire : Faustine Neambrane, Roxanne Loevenbelle, Daniel Loevenbelle, Antoine Neambrane, Nélia Loevenbelle, Dylan Méandre, Célimène Lindora...
Où se passe l'histoire? : A cheval entre Biarritz, dans les Pyrénées-Atlantiques, et à Lendanne (petite ville imaginaire) de Meurthe-et-Moselle.  
____________________________________________________________________
 
Le résumé:
 
 
          Alors qu'il n'est encore qu'un enfant, Jérémie Loevenbelle assiste à un drame qui survient brutalement dans son existence : ses parents se volatilisent du jour au lendemain, sans explications. La vie de Jérémie et celle de sa soeur étant menacées, ils sont placés sous protection policière, et c'est le début d'un long cauchemar qui commence pour eux... Quelques années plus tard, Jérémie est devenu un adolescent introverti et utopiste qui refuse d'accepter ce qui est pour tous les autres une évidence : le décès de ses parents. Sa vie prend une nouvelle direction lorsqu'une découverte inattendue le pousse à reprendre la dernière enquête de son père, journaliste d'investigation, qui est peut-être la clé du mystère de cette disparition. Sans mesurer l'ampleur des risques qu'il prend, il se donne corps et âme dans ses recherches. Il fait également la rencontre de Faustine, une adolescente singulière avec laquelle il se lie d'amitié. Mais à cet âge là, les sentiments sont si malléables et évoluent tellement vite.
          Et si Jérémie avait raison, si ses parents étaient finalement vivants? Et surtout, si le danger qu'il pense courir venait de là où il s'y attend le moins? ...
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#Posté le lundi 04 avril 2011 12:21

Modifié le dimanche 22 avril 2012 01:37

Prologue de "Ce que leur vengeance n'a pas pu me prendre"

Prologue de "Ce que leur vengeance n'a pas pu me prendre" 
     Mon coeur s'emballe, frôlant les vitesses les plus phénoménales... Ce n'est pas possible. Je ne peux pas y croire, je ne veux pas. J'ai passé tant d'années à fuir, pour leur échapper. Représenter une quelconque menace à leurs yeux peut faire de votre vie un enfer, à condition qu'elle vous soit laissée. Mais jamais laissée indéfiniment. Ils n'abandonnent pas leur bataille et on ne peut leur échapper... Penser le contraire, une seule fraction de seconde, est stupide et naïf. Je suis stupide et naïf...
    Mes membres ne peuvent se décrisper. Je suis sûr d'avoir aperçu une ombre longer le muret. Une ombre féroce et taquine qui me laisserait dans la frayeur totale avant de sortir de nulle part pour me sauter dessus.
    Arrête ta parano, ce n'est pas parce que Roxie n'est pas là, qu'il fait nuit noire et que la lune est la seule source de lumière qui ose troubler la pénombre qu'il y a forcément quelqu'un associé à cette ambiance inquiétante.
    J'entends des pas résonner sur le macadam chaud. Des pas presque parfaitement coordonnés aux miens, comme pour faire croire qu'ils ne sont le produit que d'une seule personne. Presque. J'accélère le pas, l'angoisse me tiraillant entre la pensée ininterrompue qui m'incite à me rassurer, et l'envie de détaler à toute vitesse. De plus en plus alarmé, je continue à avancer, en remarquant que les pas se font de plus en plus proches. Ou peut-être est-ce les battements de mon coeur qui vibrent contre les murs que j'ai cru voir trembler pendant une courte seconde? Je m'enfonce dans la ruelle sombre et isolée où même un chat ne serait pas été assez stupide pour s'y enfiler, au risque de se faire croquer par un de ces énormes rats dégoûtants, aux yeux jaunes et visqueux. Il faut que je prenne une décision rapidement. Je ne dois pas laisser l'angoisse prendre possession de moi, surtout pas. Ce n'est pas le moment. Il faut que je pense à des choses pouvant me réconforter et m'apaiser. Lorsque l'ombre se superpose à mon corps, je sens ma cage thoracique prendre feu et mon coeur se décrocher. Le temps de pousser un petit cri d'horreur dans lequel est reporté une partie de ma terreur et j'entends une voix familière qui fait retomber d'un seul coup toute mon adrénaline.
    -Calme-toi, ce n'est que moi...
    Je me retourne et m'aperçois que je connais l'homme qui est en train de me rassurer. Je pousse un énorme soupir de soulagement et tente de reprendre ma respiration, en posant une main contre ma poitrine et en inspirant profondément. L'homme qui apparaît comme une sorte de miracle pour moi pose sa main contre mon épaule et me murmure:
    -Il ne faut pas avoir peur comme ça, viens, assieds-toi contre le mur.
    Je suis son conseil et me laisse glisser contre le crépi, anciennement tagué d'inscriptions antisémites qui s'effacent avec le temps. Il s'assoit doucement à côté de moi, un faux air serein.
    -Je ne voulais pas te faire peur. Juste m'assurer qu'il ne t'arriverait rien pour rentrer chez toi. Tu étais si pressé à l'idée de t'en aller...
    Je mets plusieurs secondes avant de pouvoir articuler quoi que ce soit. Si on peut appeler ça articuler...
    -M... merci beaucoup. C'est très gentil de votre part...
    Il me regarde en souriant pendant les quelques minutes qui me servent à reprendre mes esprits. Un sourire qui n'est pas tellement rassurant... Même plutôt très inquiétant. Sur le coup, je me dis que c'est encore ma paranoïa qui me joue des tours. Toujours avec cette contenance, il se relève en frottant sa veste de costard noire et sa cravate, et s'adresse à moi d'une voix plutôt rassurante.
    -Écoute, deux de mes amis attendent pas très loin dans leur voiture. Ils pourraient te ramener chez toi sans problème, tu serais plus rassuré...
    Sa proposition ne m'emballe pas vraiment... J'essaie d'exprimer mon scepticisme sans blesser mon interlocuteur par mon refus.
    -J'avoue que je ne préfèrerais pas... ce sont des inconnus pour moi...
    -Écoute, tu me connais moi. Comme tu le sais, ma voiture est en réparation, donc je leur ai demandé de me conduire jusqu'ici. Tu ne seras pas tout seul. Et on te déposera tout de suite chez toi. Tu me fais confiance, au moins?
    Le ton de sa voix ne laisse pas place au doute dans ma future réponse. Je n'arrive pas à relativiser. En même temps, que peut-il m'arriver avec lui et ses amis? Je ne risque rien... Mon intuition me souffle le contraire. Mais je ne veux pas gêner cet homme qui me l'a si gentiment proposé. Alors, en grimaçant, je bafouille:
    -Oui... enfin... c'est gentil de votre part... et de celle de vos amis...
    Comme si tout était prévu à l'avance, il fait signe de loin à la voiture en pleins phares d'approcher. Le roulement lent de l'automobile m'angoisse encore plus. Je me demande si je ne dois pas interroger Roxanne avant de monter dedans... C'est ce que je devrais faire tout de suite, mais par peur de devoir m'expliquer, je n'ose pas. Quand la voiture arrive à notre hauteur, s'enfonçant dans la ruelle plutôt étroite, il ouvre la portière arrière et me fait signe de monter dedans. Je veux voir qui sont ses amis, mettre un visage sur eux. Mais ce n'est pas possible. La voiture est une sorte de monstre métallique noir, avec des vitres teintées. Le genre de véhicule à vous filer la chair de poule en pleine nuit. Au bout de quelques secondes, je commence à reculer d'instinct.
    -Heu... vous savez... je ne voudrais pas vous vexer, ce n'est pas mon intention mais je crois que je préfèrerais quand même en parler à ma grande soeur avant... Ne serait-ce que pour la prévenir que je rentrerai un peu plus tôt.
    Avant de lui laisser le temps de me raisonner, je fouille dans la poche de ma veste en jean. Je cherche mon Blackberry, mais il a disparu. Retournant trois à quatre fois mes poches, mes yeux se posent instinctivement sur la main de l'homme qui a en sa possession mon téléphone portable...
    -Vous... vous avez mon portable? Comment?...
    -Arrête de poser des questions tout le temps et dépêche-toi de monter dans cette voiture avant qu'il ne t'arrive de gros ennuis! me conseille-t-il, menaçant, mais calme.
    Son revirement d'attitude me frappe comme un éclair. Oh, non, je n'ai quand même pas été bête à ce point là... Il était sous mes yeux depuis plusieurs semaines. La révélation m'abasourdit, je ne peux pas y croire. Pourtant, toutes les informations collent, se recoupent.
    La portière avant du côté conducteur s'ouvre lentement et je peux apercevoir les visages des deux personnes à l'avant, me foudroyant du regard, un sourire sadique imprimé sur la face de leurs visages de criminels...
    Si Roxie était là, elle me tuerait sur place. Si elle était là, elle m'interdirait de monter dans la voiture de deux inconnus, avec un homme que je connais depuis seulement quelques heures, malgré moi. Si Roxanne était là, je ne serais pas dans cette situation, totalement pris au piège.
    La peur s'approprie de nouveau mon corps. Mais je veux à tout prix le cacher, peut-être par fierté. Très vite, les événements s'enchaînent, sans que je puisse m'en rendre compte. Les deux personnes sortent de leur voiture et l'une d'entre elles me saute dessus pour m'immobiliser par la force. J'essaie tant bien que mal de me défendre, mais je ne fais pas le poids.
    -C'est de famille l'imbécilité, ou ça n'a traversé que deux générations? ironise l'homme bien décidé à me montrer qu'il exerce sur moi une domination totale par l'intermédiaire de l'homme qui était en train de me fracturer progressivement le poignet.
    -Vous n'avez pas le droit de dire ça! Ni de parler de ma famille comme ça! Je vois très bien où vous voulez en venir, et votre petite combine! J'ai tout compris maintenant! me suis-je exclamé.
     -Bien trop tard, malheureusement pour toi... Tu es quelqu'un d'intelligent, Jérémie. Mais tu manques encore de maturité, et aussi de perversion. C'est la raison pour laquelle certains éléments t'ont échappé...
     Je soutiens son regard. Comment peut-on être aussi sadique, et détruire la vie des gens sans avoir aucun regret...
    -Allez vous faire foutre! Les personnes comme vous me dégoûtent! Si j'avais moins de scrupules, je vous cracherais au visage! hurlé-je, écoeuré. Vous n'êtes qu'un salaud!
    Pendant que son « homme de main » m'agrippe toujours, le sourire de l'homme disparaît soudainement dans une grimace. Il fait un pas dans notre direction et me gifle, sans préavis. Sa main s'écrase et claque contre mon visage qui devient brûlant, j'étouffe un hurlement.
    -Qui t'as permis de me parler comme ça, espèce de petit vaurien?! Du haut de tes seize ans, tu pense pouvoir m'atteindre, avec ta petite gueule d'ange et tes phrases toutes trouvées?!! Mais mon pauvre Jérémie, ce sont les gens comme toi qui me dégoûtent!! Regarde-toi!
    Ma joue est en feu et je sens les larmes me monter aux yeux. Alors qu'il soutient toujours mon regard, une chose incroyable se produit. Une personne traverse la scène comme un éclair, et immobilise le jeune homme à terre. Il l'assène de coups de poings dans le visage, mais la situation s'inverse vite. Tout en essayant de parer les coups qu'il reçoit, l'homme dont je ne distingue pas encore le visage hurle incessamment, entre deux dérouillées:
    -Sauve-toi, dépêche-toi, sauve-toi, Jérémie...
    Alors que le combat continue de plus belle, l'homme qui m'a surpris à errer dans la ruelle s'approche de l'homme qui continue à se prendre des coups de poings mais qui a l'air de se préoccuper plus de moi qu'autre chose... M'apercevant tout de suite de ce qu'il veut faire, je hurle:
    -Attention!
    Mais il se retourne trop tard, et, s'écroule à terre, sous la décharge électrique qu'on vient de lui envoyer. Mon présumé sauveur se tord de douleur à terre et essaie de bouger, mais le choc a été très rude, et plus il tente de se contorsionner, plus il se paralyse. Alors que je me recule progressivement, un éclat de rire retentit:
    -Le sauveur des jeunes enfants en détresse en pleine action...
    Ma bouche s'entrouvre et je ne peux plus bouger d'un seul millimètre. C'est une coïncidence, une simple coïncidence... Ce n'est pas possible autrement. Mais cette voix... Cette voix...
    -Je ne pensais pas non plus que tu serais allé jusqu'à le prendre en filature. Quel imbécile! Mais dis-moi, comment t'es-tu retrouvé ici? ironise l'homme qui domine maintenant sa victime en la regardant avec des yeux machiavéliques.
    L'homme couché sur le sol et à moitié paralysé se retourne vers son interlocuteur tout en grimaçant. Entre deux gémissements, il tente de murmurer:
    -Espèce de...
    L'homme donne un coup de pied dans la bouche de mon sauveteur, ce qui l'achève. Il se met à déglutir toujours à terre et du sang coule de sa lèvre inférieure. Il s'aide de ses bras pour se hisser, mais n'a plus assez de force pour y parvenir.
    -Laisse Jérémie tranquille, il... il n'a rien à voir avec tout ça, ce n'est encore qu'un enfant, tente-t-il de me défendre. Fais-moi ce que tu veux, mais laisse-le repartir...
    -Non, tu as raison, il n'a rien à voir avec tout ça, mais c'est une petite marionnette que j'aime à manipuler... Il te ressemble tellement, que veux-tu?
    L'homme jette un regard à ses deux complices, qui observent la scène et m'examine ensuite du regard en reprenant un air tout à fait sérieux.
    Mais il n'a pas honte? Non, aucune trace de honte, de pitié dans ses pupilles. Juste de vide, et de la haine. Beaucoup de haine.
Tout va tellement vite... Ce n'est qu'avec un peu de recul que je me rends compte de la situation. Peut-être qu'avant je pouvais reculer, mais à ce stade, je ne peux plus faire marche arrière.
    -Défends-toi, Jérémie! Ne le laisse pas te dominer! Echappe-toi, va retrouver ta soeur... Ne t'occupe pas de moi...
    -Ferme un peu ta gueule, vu ta présence ces dernières années, il n'a aucun ordre à recevoir de toi!! hurle l'homme qui se décale pour redonner une dernière décharge électrique à mon interlocuteur, ce qui le plonge dans un état second et lui extirpe un cri aigu.
    Je ne suis obsédé que par une chose, voir le visage de la victime toujours couchée à terre, pour vérifier l'exactitude de mes soupçons, complètement absurdes.
    Par miracle, il se retourne vers moi, pour me regarder comme si c'était la première et la dernière fois. Ses yeux pénètrent littéralement les miens. Je pousse un hurlement de frayeur, et je tente de m'enfuir en courant. Mais le jeune complice de l'homme qui m'a suivi jusqu'ici me rattrape en entourant ses bras autour de mes hanches et me balance à terre, juste devant l'homme qui m'a sauvé la vie au risque de perdre la sienne...
    Désespéré, il m'adresse un dernier regard rempli de déception, de tristesse et de pardon avant de s'écrouler complètement, la bouche à peine entrouverte. Je me jette devant lui en éclatant en larmes, et en le suppliant de se réveiller. Il a mis sa vie en péril pour me sauver, et maintenant, c'est lui qui se retrouve à ma place. Je ne peux plus détacher mes yeux dégoulinants de larmes de lui. J'ai l'impression d'être lié à lui, rien qu'en le contemplant. Je voulais passer ma main dans ses épais cheveux bouclés pour le rassurer et lui faire comprendre que je m'occupe de lui, mais l'homme qui l'a électrocuté m'arrache de l'étreinte platonique que je tentais de maintenir, et me relève avec toujours autant de ''délicatesse''. Tout en portant mes doigts dans ma bouche, je regarde le corps inanimé de la personne qui a tenté désespérément de me sauver la vie, dont le sang qui ressort de sa bouche coule à terre. Je n'arrive pas à détacher mon regard de son visage atterré.
    -On fait quoi, maintenant? demande la jeune femme en s'approchant de moi, sauf que ce n'était pas à moi qu'elle s'adressait.
La personne à qui est destinée la réplique me regarde en souriant à peine, juste assez pour me faire ressentir le plaisir qu'elle prend à contrôler la situation et mener les choses à sa guise.
    -On fait ce qu'on a dit! On a assez perdu de temps comme ça! Pour ce qui est de cette espèce de lopette, j'appelle une ambulance pour qu'on vienne le chercher et qu'on le ramène à l'hôpital. Je ne peux pas me permettre de l'achever maintenant... conclut-elle en toisant l'homme toujours inerte sur le sol dont la fine couche de sang qu'il avait sur les lèvres commençait à sécher.
    Maintenant, il a presque l'air de dormir paisiblement, un repos calme et soulageant. Sauf que ce n'est pas du tout le cas. A cet instant précis, je m'inquiète beaucoup plus pour lui que pour moi. Les chocs électriques qu'il vient de recevoir l'ont certainement beaucoup affaibli et peut-être même plongé dans un état d'arrêt cardiaque... Non, sa poitrine se soulève suffisamment pour démontrer qu'il est juste évanoui. Mais si toute cette énergie perdue avait endommagé ses organes vitaux?
    Je n'ai pas le temps de me poser la question, vu que son agresseur me prend par les poignets et essaie de me maitriser. A plusieurs reprises, j'essaie de me défendre, aussi bien physiquement qu'oralement.
    -Non, ... laissez-moi tranquille, vous avez pas le droit de faire ça, lâchez-moi, au secours!
    -Ferme-la!
    Il me jette contre la jeune femme au regard noir comme de l'ébène qui passe un de ses bras contre les miens pour m'immobiliser.
    -Tu ne pouvais pas nous échapper éternellement, non?
    Que répondre à ça...
    Des réponses à mes questions restées irrésolues depuis tant d'années se dessinent peu à peu. Au début, je croyais que des hallucinations frappaient mon esprit traumatisé, mais lorsque le visage de l'homme qui m'avait momentanément sauvé la vie s'est découvert à moi, j'ai pu reconnaître une personne qui avait fait partie intégrante de ma vie, et que je m'évertuais à rechercher depuis des mois. Même si certains détails, et pas des moindres, m'avaient échappé, j'avais raison depuis le départ. Ils étaient vivants...


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#Posté le jeudi 20 janvier 2011 12:28

Modifié le dimanche 22 avril 2012 07:22

Chapitre un : Souvenirs mélancoliques...

Chapitre un : Souvenirs mélancoliques...
 
 Point de vue externe...
 
    Cette soirée d'été était une des rares où la famille Loevenbelle se retrouvait seule et pouvait prendre des petits moments de détente. Après avoir partagé un dîner composé de plats étrangement équilibrés, qui leur changeait des plats cuisinés mis au micro-ondes, à l'arrache, ou encore des pizzas réchauffées en vitesse à cause de la température chaude qu'elles avaient perdues lors de leur transport, ils se sont installés dans le jardin et se sont chacun détendus à leur manière. Habiter à la campagne avait ses avantages et ses inconvénients, mais ces derniers se comptaient sur les doigts d'une seule main. Cette famille avait besoin de tranquillité et de sérénité pour vivre heureuse, et malgré l'activité éreintante des deux doyens, elle essayait de trouver des moments de complicité à partager entre tous. Le moins qu'on pouvait dire, c'est que les Loevenbelle ne restaient pas encrés dans la routine... Le stéréotype de la petite famille parfaite n'était décidément pas fait pour eux, leur mode de vie étant en totale contradiction avec toutes ces valeurs qui ne leur plaisaient guère.
    La mère n'était surtout pas une de ces nombreuses femmes au foyer qui s'occupaient uniquement de l'éducation de leurs enfants et des tâches ménagères. Contraindre Nélia Loevenbelle, née Beaulieu, à suivre la douce et coulante voie de la ménagère parfaite... Certainement pas! Nélia était une de ces femmes qui avaient besoin d'aventure, de fougue et d'imprévu. Son métier consistait à rédiger des chroniques journalistiques pour un journal local. N'en restant pas moins coquette et charmante, elle menait sa vie de femme de front. Pas question de reculer devant un obstacle, sauf si sa vie personnelle devait en pâtir. Car malgré tout, Nélia était une femme de c½ur, totalement dévouée à ses enfants qu'elle chérissait avec toute l'affection du monde et à son mari, plus jeune qu'elle, pour qui elle éprouvait un amour perpétuel qui l'obligeait à faire preuve de beaucoup de patience.
    De la patience, c'est qu'il en fallait pour vivre avec Daniel! Non pas que c'était un homme méchant ou violent... Non, au contraire, il était très gentil et particulièrement tendre. Un défaut subsistait pourtant chez lui. Quand il avait une idée derrière la tête... , il ne l'avait décidément pas ailleurs! Réagissant au quart de tour, il savait se faire comprendre tout de suite, et c'était un homme très respecté. Aussi bien dans son travail que dans sa vie privée. Il était journaliste d'investigation et doté d'un grand sens de l'analyse, qui lui était utile à certains moments, et avait des capacités intellectuelles indéniables. Mais contrairement à ces personnes présomptueuses, se croyant au dessus de tout, Daniel Loevenbelle préférait se laisser aller à des choses simples et prendre la vie comme elle venait. Il adorait s'occuper de ses enfants et passer du temps avec sa femme, même si ses enquêtes lui prenaient beaucoup de temps et d'énergie. Mais il n'abandonnait jamais une enquête avant de connaître la vérité. Oh, ça non, jamais! Il ne supportait pas l'injustice et la souffrance des autres.
    La vie de famille lui avait démontré que malgré son caractère en apparence hyperactif et impulsif, il avait au fond de lui un grand manque de tendresse à présent comblé par sa femme et ses enfants, pour qui il aurait décroché la lune et les étoiles.
    La première d'entre elles, née pendant l'amour tissé prématurément entre ses parents, porte le doux prénom de Roxanne. Nélia l'avait choisi seule, suite à un accord ridicule passé avec Daniel.
« Brillante comme l'aurore », telle est la signification du prénom de la jeune fille, qui lui correspondait si bien... Toujours souriante et pleine d'entrain, du haut de sa vingtaine d'années, elle était entourée de beaucoup d'amis proches et venait souvent prendre des nouvelles de sa famille, puisqu'elle avait pris un petit appartement en ville. Ses parents l'y avaient autorisée, étant donné son âge et sa maturité. Elle était particulièrement proche de sa mère, avec qui elle avait constitué une relation plus amicale que maternelle, ce qui ne plaisait pas toujours à Nélia. Mais elle fermait les yeux sur cet état de fait, car elle se sentait plus proche que jamais de sa fille. Partageant une passion commune pour la peinture et le dessin, elles s'adonnaient à ces deux arts qui ne faisaient que renforcer le fil conducteur qui s'était tissé entre eux. Elle était aussi très proche de Daniel, évidemment, et aimait tendrement son petit frère, Jérémie.
    Né sept ans après elle, Jérémie était un gamin espiègle et blagueur. Ayant hérité de l'humour sarcastique paternel, il avait toujours une petite remarque rigolote à lancer dans n'importe quelle situation... Ça ne l'empêchait pas d'être calme et gentil. Aimant étudier, ce qui est plutôt rare pour un adolescent, les facilités qu'il avait acquises dans bon nombre de domaines - aussi bien scolaires que culturels – faisaient de lui un bon élève à qui ses parents promettaient un grand avenir professionnel. Il voulait en effet devenir journaliste d'investigation à son tour. C'est en observant son père à l'oeuvre que Jérémie a souhaité marcher sur les traces de Daniel. Ce dernier lui a également transmis la passion de la musique. Chanter et jouer de divers instruments étaient devenues deux choses essentielles pour lui depuis qu'il voyait, depuis tout petit, Daniel manier le chant et la musique avec beaucoup de dextérité. Allant jusqu'à donner naissance à des compositions communes réalisées avec soin et complicité, Daniel et Jérémie avaient trouvé une entente parfaite, et contrairement à Nélia, Daniel préférait établir des relations plus complices que paternelles avec ses enfants. En effet, Jérémie se sentait souvent mis à l'écart par les femmes de la famille. Il avait l'impression que Nélia « préférait » Roxanne car elle était une fille, ce qui n'était en réalité pas le cas, mais il essayait de se réconforter avec la présence quasi-permanente de son père. La partie la plus discrète de son c½ur ne cachait que ses sentiments de rejet et son extrême sensibilité, encore une fois issue du côté paternel, duquel il avait hérité plus de quatre-vingt pour-cents de sa personnalité. Heureusement, il pouvait toujours se confier à son meilleur ami Maeldan, qu'il connaissait depuis la maternelle. Les deux jeunes hommes étaient inséparables.
    La famille Loevenbelle était en fait une famille qu'on pourrait qualifier d'ordinaire. En apparence.
    Alors que Roxanne et Jérémie étaient installés dans le hamac qui trônait sur la pelouse, Nélia, pas très courageuse ce soir là, donnait ses directives ménagères à Daniel, qui s'exécutait sans rien dire pour ne pas contrarier sa femme.
    Après avoir regardé Daniel ranger la vaisselle, accumulée depuis la veille, Nélia a relâché la bride, et est partie chercher le chevalet pour y poser une belle toile vierge et l'épanouir de couleur et de formes artistiques. Elle et Roxanne peindraient selon leurs envies...
    De son côté, Daniel a préféré rejoindre Jérémie, qui était maintenant étalé de tout son long dans le hamac. En voyant arriver son père, il s'est relevé, et mis en position assise. Les deux jeunes hommes se retrouvaient côte à côte, sans savoir quoi se dire... Depuis quelques temps, Jérémie était très fermé sur lui-même et avait beaucoup de mal à communiquer. La période si difficile de l'adolescence le guettait. En effet, à douze ans, il était temps qu'il rentre dans cette étape importante dans la vie d'un être humain, ce qui impliquait les sautes d'humeur quotidiennes, l'envie de ne communiquer qu'avec les personnes de son âge, censées mieux le comprendre, le mal-être, les complexes, et toutes ces contraintes dues à ce que les adultes appellent « l'âge bête », en ayant tendance à oublier qu'ils étaient eux-mêmes passés par là pour se construire. Mais le fait était là : Jérémie n'était plus le même. Et avait l'impression que personne ne le remarquait. Il était perdu et ne comprenait pas ce qu'il devenait. Au milieu de toutes ces personnes qui voyaient transparent son mal-être, Daniel trouvait le comportement de son fils étrange. Étant lui-même passé par là, il s'avouait qu'il ne savait pas tellement comme s'y prendre. Mais il devait absolument faire le premier pas ce soir, c'était sa dernière chance d'avoir une discussion sérieuse avec Jérémie. Sa conscience ne supporterait pas de savoir qu'il aurait pu faire quelque chose pour son fils, mais qu'il ne l'aurait pas fait. Elle en avait déjà tellement à supporter en ce moment...
    Alors que le jeune garçon rongeait ses ongles en regardant sa maman et sa s½ur ainée rire aux éclats sur une blague peu chrétienne de la cadette, Daniel lui a tout doucement proposé de s'isoler un peu, en enroulant une mèche de ses épais cheveux bouclés autour de son index. Plutôt braqué, il a déballé de sa voix douce et claire:
    -S'isoler? Pourquoi?!
    -... je sais pas moi... pour parler un peu, a bafouillé Daniel à la limite de la gêne.
    Contre toute-attente, Jérémie a avoué timidement:
    -... j'osais pas te le demander...
    Après un long regard et un joli sourire qui s'est dessiné sur le visage de Daniel, ils se sont tous les deux levés, et se sont éclipsés sous les voix de Nélia et Roxanne, qui étaient euphoriques quant à l'élaboration de leur nouveau projet et n'avaient même pas remarqué le mouvement de Daniel et Jérémie. Les deux hommes savaient parfaitement où aller. Leur salle de musique – ou plutôt ce qui faisait office d'espace musical – était condamnée par le grand ménage d'été que Nélia avait commencé depuis dimanche dernier... Et ils n'avaient pas leur mot à dire... Donc, ils se sont repliés sur la cave. Pourquoi la cave? C'était leur deuxième endroit préféré... Nélia s'est longtemps exercée à cette activité... vous savez... cette pratique qui consiste à lancer des fléchettes ou d'autres objets pointus sur des ballons de couleurs différentes remplis de peinture pour peindre une toile. Et puisqu'elle a abandonné très vite cette lubie, plus assez artistiquement recherchée selon elle, Daniel s'est dit qu'il serait intéressant de garder cet espace intact pour venir s'adonner à cette activité décompressante au moins une fois de temps en temps. Une fois rentré dans la cave, où une bonne température isolait la pièce de la fraicheur en cette saison, Jérémie s'est assis sur l'avant-dernière marche de l'escalier et n'a pas manqué d'observer une énième fois la pièce. Les murs plâtrés de peinture blanche mal répartie dans le grand espace qui s'ouvrait à eux abritaient des outils de bricolage, autant pour la maison que pour le jardin, les vélos de la petite famille (Jérémie a d'ailleurs songé que le sien commençait à devenir trop petit et qu'il devrait en parler à ses parents) et d'autres objets universels. Les cartons perchés sur les grandes étagères artisanales (fabriquées avec des planches de bois découpées et des vieux clous trouvés dans des boîtes en fer inutilisées) contenaient des vieilles babioles et des souvenirs d'enfance de Daniel et Nélia. Cet endroit était laissé à l'abandon et faisait office de débarras.
    Daniel s'est mis sur la pointe des pieds pour attraper deux combinaisons transparentes et imperméables qui les protégerait, eux et leurs vêtements, de la peinture. Il s'est approché de Jérémie et lui en a tendu une. Il l'a regardée pendant quelques instants, mais ne l'a pas prise. Il appréhendait de se confier à son père. Il n'aimait pas que l'on pénètre à l'intérieur de son petit jardin secret. Mais il savait très bien que Daniel arrivait toujours à lire dans les yeux et les paroles de son fils. Ce qui mettait Jérémie horriblement mal à l'aise.
    -Tu sais, je préfèrerais parler avant...
    -Pas de problème, s'est exclamé Daniel, un peu déconcerté.
    Il a reposé les blouses par terre, en vrac, et s'est assis de l'autre côté de la marche, juste à côté de Jérémie. Mais une fois qu'ils étaient prêts à entamer une discussion, les mots ne sortaient pas. Jérémie faisait preuve de timidité, et Daniel ne voulait pas le braquer. Mais c'est finalement lui qui a commencé à prendre la parole.
    -Tu voudrais me parler de quoi exactement?
    -Je sais même pas... J'ai juste l'impression que je me sens pas trop bien en ce moment. Je fais tout le temps des crises de nerfs, j'en veux à la terre entière, et le pire, c'est que je sais même pas pourquoi...
    -Les joies de l'adolescence... a ajouté Daniel songeur.
    -Mais sérieusement, tu trouves pas que je suis bizarre?
    Un court silence a empli la pièce avant que Daniel se décide à répondre à la question de Jérémie.
    -Tu sais, je vais te dire une chose. L'adolescence, on a l'impression que c'est la pire des périodes... On est mal dans sa peau, on a plein de complexes, et on a un caractère vraiment irritable. Et encore, je te parle des garçons, parce que les filles, avec leurs règles, je te raconte même pas... On dit que l'adolescence, c'est « l'âge bête ». Mais cette expression est ridicule, tu trouves pas? ... Parce que si tu regardes bien, c'est maintenant que tout se joue, c'est là que se construit ta vie, tes habitudes, et vient la prise de maturité. Mais pour en arriver là, il y a toutes sortes d'étapes. Des étapes complexes, qu'on a souvent du mal à identifier. Mais en fait, il y a un vrai travail de conquête de sa personnalité chez un adolescent, qui est tout sauf bête. Bon, avant, y a la période où souvent, les garçons sont méchants et obsédés et où les filles se prennent pour de véritables petites princesses, vénèrent leur dieu « Fond de teint », et ont un culte tout particulier pour leur miroir. Mais souvent, on surmonte ça pour rentrer dans la maturité de l'âge adulte quelques années plus tard. Effectivement, il y a tout un tas de paradoxes dans les étapes, ça serait beaucoup trop long à t'expliquer. Et je commence à avoir la gorge sèche, si tu pouvais aller me chercher un verre d'eau, a plaisanté Daniel en regardant le visage fermé de Jérémie.
    Le jeune garçon écoutait son père religieusement, mais ne voulait pas le lui montrer. Il regardait distraitement, à droite et à gauche, jouait avec ses doigts, en donnant l'impression qu'il se fichait complètement du discours de Daniel. Mais ce qu'il voulait avant tout, c'était éviter de croiser son regard. Celui-ci a achevé son discours rapidement.
    -Non, je plaisante. Pour en revenir à toi, et à ta période de mal-être, je pense comprendre ce qui t'arrive, parce que j'ai vécu à peu près la même chose. Tu es sûrement passé directement de l'enfance à la seconde période de l'adolescence, c'est-à-dire, celle où on se cherche et où on se pose plein de questions sur soi-même, sur le monde qui nous entoure, des questions qui peuvent beaucoup nous perturber. Tu es trop mature pour traverser la première période, mais tu n'es encore pas assez mûr pour te poser les bonnes questions, et trouver les bonnes réponses te parait impossible. Souvent, c'est plutôt les filles qui réagissent comme ça, mais on fait partie de ces garçons « extra-terrestres ». Il suffit d'en parler à quelqu'un qui a de l'expérience, parce que pour l'instant, tu n'arriveras pas à trouver ton chemin tout seul, tu comprends?
    Jérémie a tourné la tête en direction de son père et cette fois, n'a pas pu s'empêcher de plonger ses yeux dans le regard distrait de Daniel.
    -C'est exactement, ça, a avoué le jeune homme, bouche-bée devant la compréhension de son père. Je l'aurais pas dit mieux moi-même...
    Daniel a éclaté de rire devant la réaction amusante de son fils et a ajouté:
    -Tu vois, c'est pas parce que j'approche la quarantaine que je suis bon à jeter à la poubelle...
    -Ah bon? a plaisanté Jérémie, un tout petit sourire grandissant sur ses lèvres.
    Daniel n'a rien trouvé à répondre à ça, et s'est contenté de sourire chaleureusement.
    -Papa, pourquoi t'as pas fait psychologue au lieu de journaliste?
    -Tu me vois, rester toute la journée enfermé dans un bureau, à dire des conneries à des gens que je connais même pas et à les écouter déblatérer leurs problèmes? Comme si j'en avais déjà pas assez moi-même...
    -Tu viens bien de le faire avec moi...
    -Enfin, Jérémie, toi c'est pas pareil. Tu es mon fils, tu prends une place extrêmement importante dans ma vie, et j'aime pas te voir triste, ni perturbé.
    -T'es bien le seul...
    En prenant un ton si triste sur un sujet qui le touchait beaucoup, Jérémie venait de glisser un subtil sous-entendu dans la conversation pour évoquer un problème qui selon lui, seul son père pourrait comprendre.
    -Pourquoi tu dis ça? Il y a Roxie et Maman...
    -On dirait pas. Maman, elle reste toujours avec Roxie, comme si j'existais pas...
    Daniel a pris un air désolé et a tenté de réconforter, tant bien que mal, son fils.
    -C'était donc ça...
    -Entre autres, a dit Jérémie en haussant les épaules.
    -Tu as l'impression que Maman reste trop souvent avec Roxanne et qu'elle te délaisse?
    -Quand je lui demande de faire quelque chose avec moi, elle dit tout le temps : « J'ai promis à Roxanne de faire ça avec elle ». Et moi, je peux jamais lui parler de quoi que ce soit, elle préfère la compagnie de Roxanne. Si elle avait pas envie de m'avoir, elle aurait pas dû me faire!
    -Oh, ne dis pas ça! Maman t'aime beaucoup, et tu le sais aussi bien que moi. Seulement, si tu regardes bien, Roxie pourrait dire la même chose de moi. Je suis toujours avec toi, tu n'es pas d'accord?
    -Bah... si... a murmuré très doucement Jérémie.
    -Tu vois...
    -Mais c'est pas pareil! Roxie, quand elle te demande un truc, tu le fais!
    -Écoute, si tu veux, je parlerai à Maman. Je lui dirai que tu voudrais passer plus de temps avec elle...
    Les derniers mots de Daniel sonnaient amers malgré lui.
    -Tu ferais ça?
    -Oui, bien sûr... Tu me prends pour qui? a-t-il plaisanté sans trouver la force de sourire.
    -C'est gentil, parce que j'ose pas lui dire moi-même...
    -Y a de pas de problème, tu sais.
    -Merci, c'est adorable.
    -Mais de rien.
    Le silence se réinstallait entre eux, jusqu'à ce que Jérémie intervienne.
    -On se la fait cette peinture? J'ai envie de me défouler!
    -OK, a crié Daniel en se relevant et frappant dans ses mains.
    Ils ont enfilé les combinaisons, pris des fléchettes, et se sont postés devant la grande toile. Juste au moment où ils allaient    donner le départ, Daniel s'est exclamé:
    -Attends! Si j'allais chercher Roxie et Maman, ça pourrait être plus marrant, tu crois pas?
    Jérémie a longuement réfléchi avant d'acquiescer en souriant. Son père s'est précipité hors de la pièce, et quelques minutes plus tard, c'était tout le reste de la famille qui dévalait les escaliers pour enfiler rapidement les deux dernières combinaisons et prendre, à leur tour, des fléchettes. Les règles étaient simples, la victoire reviendrait à celui qui éclaterait le dernier ballon... Lorsque le top départ a été donné spontanément par Nélia, les fléchettes ont volé dans tous les sens, et ce sont des rafales de peinture qui ont éclaboussées la grande toile vierge et par la même occasion, les quatre personnes, retombées en enfance pendant cette courte expression artistique, qui partait en grand « n'importe quoi ». Le dernier ballon restait intact, alors que tout le monde essayait d'empêcher tout le monde de tirer sa dernière fléchette. C'est d'ailleurs dans une ambiance « bon enfant » que Jérémie s'est doucement effacé, laissant sa s½ur et ses parents s'entretuer en riant et en hurlant des noms d'oiseaux. Il a couru de l'autre côté de la toile, et le dernier éclat de ballon a retenti. Les petites chamailleries ont immédiatement cessé.. Tous se sont retournés vers lui, visages détériorés. Jérémie a renversé la tête en arrière et éclaté de rire :
    -Si vous pouviez voir vos têtes!! Non mais vous êtes trop bêtes quoi! Je vais mourir de rire!
    -Non, mais, ça va toi, te gène pas! a ri Roxie.
    -Miah, tu exagères! a râlé Nélia.
    -Serais-tu mauvaise joueuse Mon Coeur? a souri Daniel.
    -Ne m'appelle pas « Mon Coeur »! Je déteste ça et tu le sais! Et en plus, tu le soutiens! Les hommes, vous êtes vraiment tous les mêmes!
    -Non mais dis-donc, qu'est ce que t'as contre la gent masculine?
    -Tu veux vraiment la liste de tous vos défauts, comparés à ceux des femmes? a rétorqué Nélia, suite à la provocation de son mari.
    -Non, ça ira. Les enfants, vous de pensez pas qu'il serait bon de rafraichir les idées de votre mère?
    Un sourire sadique partagé entre son mari et ses enfants a mis Nélia sur la voie des intentions de Daniel.
    -Non, Daniel, sûrement pas! N'y penses même pas!
    -Tu le mériterais pourtant! Un petit tour dans la piscine éclaircirait largement tes idées...
    -Même pas en rêve, espèce de macho! a ri Nélia.
    -Tu préfères les chatouilles? a dit Daniel en se précipitant sur les hanches de sa femme.
    Celle-ci s'est mis à rire aux éclats et à le supplier de la lâcher. C'est alors que Jérémie et Roxanne se sont regardés droit dans les yeux, et ont éclaté de rire en voyant leurs parents partager un amour si espiègle, comme deux grands enfants, libres dans leur tête...
    Mais lorsque, main dans la main, Daniel et Nélia se sont retournés vers leurs enfants, leurs sourires se sont instantanément évaporés et la réalité les a rattrapés.
    Tous deux le savaient, c'était la dernière fois qu'ils étaient réunis tous les quatre...
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Modifié le samedi 25 février 2012 05:19

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